Dernière mise à jour : 4 février 2021

Quelles différences entre les différents vaccins disponibles en France contre le Covid-19 ? Comment s'organise la vaccination ? Que se passe-t-il après ? De nombreuses questions entourent la campagne vaccinale. France 24 répond à vingt d'entre elles.



Longue au démarrage, la France accélère la cadence en matière de vaccination contre le Covid-19. Alors qu'elle concernait jusqu'ici en priorité les résidents en Ehpad et les professionnels de santé, la campagne vaccinale s’est étendue, lundi 18 janvier, aux plus de 75 ans et aux personnes porteuses de pathologies "à haut risque".

Deux vaccins sont pour l'heure déployés, et un troisième – celui d’AstraZeneca – sera bientôt disponible en France après avoir obtenu son autorisation de mise sur le marché. Efficacité des différents vaccins, effets secondaires, calendrier... la vaccination contre le coronavirus suscite de nombreuses interrogations. France 24 fait le point.

Quels sont les vaccins disponibles et quelle différence présentent-ils en terme d'efficacité ?

Alors que seuls les vaccins des laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna étaient autorisés en France, le vaccin d'AstraZeneca sera, lui aussi, bientôt disponible, après avoir obtenu le feu vert de l’Agence européenne des médicaments (EMA). Chacun de ces vaccins a obtenu de bons résultats quant à son efficacité (plus de 90 % annoncés pour les vaccins de Pfizer et Moderna). Bémol toutefois pour le vaccin d’AstraZeneca : son utilisation est recommandée uniquement pour les personnes âgées de moins de 65 ans, faute de données suffisantes à l'heure actuelle, selon la Haute Autorité de santé. Ce dernier pourra être administré par les pharmaciens.

La différence entre ces différents vaccins réside principalement dans les conditions de conservation. En effet, le vaccin de Pfizer-BioNTech, conservé à -80 °C, doit être utilisé rapidement après décongélation (cinq jours maximum), tandis que celui des laboratoires Moderna se conserve à -20 °C et peut se garder un mois dans un réfrigérateur avant utilisation.

Pour ce qui est du vaccin d’AstraZeneca, il peut être simplement conservé au réfrigérateur, entre 2°C et 8 °C.

Ces vaccins sont-ils efficaces sur les variants du Covid-19 ?

Aucune certitude sur ce point. Certes, les chercheurs ne se montrent pas inquiets s'agissant du variant britannique, mais les dernières données concernant le variant sud-africain suscitent, elles, davantage de questionnements. Et une mutation, également détectée au Brésil et au Japon, "est la plus inquiétante de toutes" sur le plan de la réponse immunitaire, estime Ravi Gupta, professeur de microbiologie à l'Université de Cambridge, interrogé par l'AFP. En effet, des tests ont montré qu'elle semblait capable de diminuer la reconnaissance du virus par les anticorps, et donc sa neutralisation.

Pourquoi le vaccin français tarde-t-il à arriver ?

Les résultats des essais de phase 1 et 2 du vaccin développé par Sanofi, dévoilés mi-décembre, étaient positifs pour les adultes entre 18 et 49 ans mais la réponse immunitaire induite pour les catégories d'âge suivantes s'est révélée décevante. Selon les explications du laboratoire pharmaceutique sur son site Internet, un nouvel essai doit débuter en février "avec une formulation d'antigène améliorée". Toutefois, la troisième phase ne pourra débuter avant le deuxième trimestre 2021, ce qui repousse une éventuelle commercialisation au plus tôt à la fin de l'année.

L’Institut Pasteur a quant à lui annoncé, lundi 25 janvier, qu’il arrêtait le développement de son principal projet de vaccin contre le Covid-19, les premiers essais ayant montré qu’il était moins efficace qu’espéré. L'institut poursuit néanmoins ses travaux sur d'autres projets.


J'ai déjà eu le Covid-19, dois-je me faire vacciner ?

Pour l'heure, aucune donnée ne permet d'évaluer l'éventuel bénéfice de se faire vacciner après avoir été infecté, explique la Haute autorité de santé (HAS). Une personne ayant déjà contracté le Covid-19 pourra tout de même bénéficier du vaccin, même si "le risque même théorique chez ces personnes apparaît (...) très faible", précise la Société de pathologie infectieuse (Spilf). Dans ce cas, il faudra respecter un délai minimal de trois mois après le début des symptômes et ne pas présenter de symptômes persistants.

Dois-je me faire tester avant l'administration du vaccin ?

Non, sauf en cas de contact avec une personne malade. En cas de précédente contamination au coronavirus, il suffira, après avoir pris conseil auprès de son médecin, d'attendre trois mois après le début des symptômes. Mais par ailleurs, la HAS ne recommande pas la réalisation d'une sérologie pour décider, ou non, d'une vaccination, car, détaille-t-elle, celle-ci "ne permet pas d'attester d'une immunité face au virus".

Ai-je le choix du vaccin qui me sera administré ?

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a apporté, le 7 janvier sur BFMTV, une réponse assez claire à cette question. "Aujourd'hui, nous avons deux vaccins validés (...), ce sont deux vaccins à ARN messager qui ont la même efficacité, il n'y a pas lieu de poser la question du choix." Impossible de choisir, donc. "On ne va pas commencer avec : 'Moi, je préfère un vaccin à virus atténué, moi, un vaccin à ARN...' On ne s'en sortirait pas", a ajouté le ministre.

Quels sont les effets secondaires ?

La Haute autorité de santé (HAS) a recensé les événements les plus fréquents survenus dans les sept jours suivant la première injection. Pour ce qui est du vaccin "Comirnaty" de Pfizer-BioNTech, les effets les plus fréquemment observés sont des douleurs au point d'injection (dans 80 % des cas), de la fatigue (dans plus de 60 % des cas), des céphalées (dans plus de 50 % des cas), mais aussi des douleurs musculaires et des frissons. Des événements présentant toutefois une faible intensité et dont il a été observé qu'ils disparaissaient en moins de deux jours. Pour ce qui est du vaccin de Moderna, les principales réactions observées sont également une douleur au point d'injection (plus de 90 % des cas), de la fatigue (70 %), des maux de tête (plus de 64 %) ou des douleurs musculaires (plus de 61 %).

Y a-t-il déjà eu des effets graves constatés après l'administration du vaccin ?

Lors des essais du vaccin de Pfizer-BioNTech, quatre participants ont développé une paralysie faciale temporaire dont les causes font encore l'objet d'une investigation, sur plus de 43 000 personnes ayant pris part aux tests de phase 3. Ce fut aussi le cas pour quatre participants aux essais du vaccin de Moderna (trois dans le groupe vacciné, un dans le groupe placebo), sur plus de 30 000 personnes ayant collaboré aux tests. Au total, une dizaine d'événements indésirables graves ont été recensés lors des essais.

En France, depuis le début de la campagne de vaccination, "six cas d'effets indésirables graves avec une évolution favorable ont été observés après une injection du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNTech", a indiqué, jeudi 14 janvier dans un communiqué, l'Agence nationale de sûreté du médicament (ANSM), qui s'est engagée à publier de manière hebdomadaire les données collectées par la pharmacovigilance. Retrouvez ici le suivi hebdomadaire des cas d’effets indésirables liés aux vaccins contre le Covid-19.

Quel suivi médical après les injections ?

Tout effet indésirable suspecté d'être lié à un vaccin (comme c'est le cas pour tous les médicaments) doit obligatoirement être déclaré par les médecins et pharmaciens. Par ailleurs, il est possible pour le patient de signaler d'éventuels troubles auprès du centre de pharmacovigilance de leur région (CRPV) ou via le portail des signalements.

Des études de pharmaco-épidémiologie seront menées par plusieurs instances, dont le groupe d'intérêt scientifique Epi-Phare, sur les personnes vaccinées afin d'identifier d'éventuels effets indésirables graves.

Puis-je être porteur et transmettre le Covid-19 alors que j'ai été vacciné ?

Pas de réponse ferme sur cette question, bien que quelques données soient tout de même prometteuses, notamment chez Moderna, où le nombre de patients asymptomatiques était moins élevé (0,1 %) dans le groupe vacciné que dans le groupe témoin (0,3 %), après deux injections. Du côté d'AstraZeneca (dont le vaccin n'a, à ce jour, pas encore reçu d'autorisation de mise sur le marché par l'EMA), une demi-dose lors de la première injection protégeait à 58 % contre les infections asymptomatiques.

Des études complémentaires doivent toutefois être menées pour répondre avec certitude à cette question. Le ministre de la Santé a d'ailleurs averti, sur BFMTV, que "le vaccin protège des formes graves pulmonaires, mais ça ne veut pas dire qu'il protège de la forme nasale ou de la forme oropharyngée".


Le vaccin est-il compatible avec la grossesse et l'allaitement ?

Aucun effet indésirable n'a été signalé chez les femmes enceintes ayant participé aux essais cliniques, ni sur la grossesse et le développement du fœtus lors des essais précliniques menés, aussi bien par Pfizer que par Moderna, sur les animaux. Toutefois, des études spécifiques étant encore prévues sur cette question, les femmes enceintes sont pour l'instant exclues de la campagne de vaccination. Selon l'EMA, la vaccination ne sera envisagée que lorsque le bénéfice attendu sera supérieur au risque éventuel. En ce qui concerne l'allaitement, il n'existe pas encore de données sur un éventuel passage du vaccin dans le lait maternel.

Pourquoi les personnes âgées sont-elles les premières vaccinées ?

L'objectif du gouvernement est avant tout de réduire la pression qui pèse sur le système hospitalier et, pour cela, la stratégie vise à vacciner en priorité les plus vulnérables au Covid-19 et les plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie. "Cette stratégie est celle qui permet la plus grande réduction des formes sévères et des décès", faisait valoir la HAS, fin décembre. Les personnes âgées représentent en effet les premières victimes de la maladie depuis le début de la pandémie.

"On peut vacciner les plus jeunes, mais si ça se trouve, ils sont toujours aussi transmetteurs, donc ça ne sert à rien, a résumé, le 12 janvier sur Franceinfo, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec. "ll faut vacciner ceux qui sont la cible, ceux à qui ils peuvent le donner et qui ont un risque de forme sévère."

Quelles sont les autres personnes prioritaires ?

Les professionnels exerçant en Ehpad et présentant un risque élevé (âge supérieur à 50 ans, pathologies) et tous les professionnels de santé, y compris libéraux, les pompiers et les aides à domicile de plus de 50 ans et/ou atteints de comorbidités, font également partie des publics prioritaires. En effet, "les personnes résidant en établissements sont les plus à risque de formes graves et ces structures sont reconnues pour être des lieux où le virus circule vite", précise le ministère de la Santé. Les professionnels à risque exerçant dans ces structures sont donc particulièrement exposés. Par ailleurs, à partir de lundi, les personnes âgées de plus de 75 ans et vivant à domicile pourront également se faire vacciner, tout comme les personnes de moins de 75 ans à haut risque face au Covid-19.

Quelles sont les pathologies "à haut risque" donnant droit à la vaccination ?

Comme l'a annoncé le Premier ministre Jean Castex le 14 janvier, près de 800 000 personnes "atteintes de maladies particulièrement graves" pourront désormais recevoir le vaccin, notamment les personnes souffrant d’insuffisance rénale sévère, celles ayant été transplantées d’un organe, les personnes sous traitement pour un cancer ou encore celles atteintes de trisomie 21, a détaillé le ministre de la Santé, Olivier Véran. La liste comprend également certaines maladies rares, a précisé le ministère.

Quel rythme de vaccination veut suivre le gouvernement ?

Après un démarrage poussif, la campagne de vaccination entamée en France le 27 décembre dernier s'est accélérée mi-janvier. Le gouvernement visait la vaccination d'un million de personnes à la fin de ce mois. Un objectif atteint puisqu’au 3 février, plus de 1,5 million de Français ont été vaccinés, selon les chiffres de Santé publique France et Our World in Data.

Emmanuel Macron a par ailleurs promis, mardi 2 février sur TF1, que "tous les Français adultes qui le souhaitent" se verront proposer un vaccin "d'ici la fin de l'été", soit d'ici au 22 septembre. Il a aussi estimé que, "début mars", auront été vaccinés les 80 % des pensionnaires des Ehpad qui l'auront souhaité, soit 500 000 personnes, assurant que la campagne de vaccination "se déroule au rythme qui était prévu".

Les enfants peuvent-ils se faire vacciner ?

Pas pour le moment, en raison de l'ordre de priorité arrêté début décembre par la HAS. Mais aussi parce que les fabricants doivent d'abord obtenir une autorisation de mise sur le marché pour cette catégorie d'âge, qui n'a pas participé aux essais cliniques menés jusque-là. En effet, Pfizer-BioNTech ne dispose d'une autorisation de mise sur le marché que pour les personnes âgées d'au moins 16 ans, et Moderna pour les personnes âgées d'au moins 18 ans. Le premier a débuté un essai en octobre avec des participants âgés entre 12 et 15 ans ; le second n'a pas encore débuté le recrutement pour un essai prévu sur 3 000 volontaires de 12 à 17 ans.

Un "passeport vaccinal" sera-t-il mis en place ?

Bien que le gouvernement ait toujours répété que le vaccin ne serait pas obligatoire, un éventuel "passeport vaccinal" pourrait bouleverser cette promesse et poser de nombreuses questions en matière de libertés individuelles. Toutefois, si le sujet fait polémique en France, la présidente de la HAS, Dominique le Guludec, a assuré sur Franceinfo que cela n'était pas d'actualité. "Nous ne nous sommes pas penchés sur cette question parce que, tout bêtement, on ne sait pas si ce vaccin bloque la transmission, ça n'a donc pas de sens", a-t-elle expliqué.


Si je suis vacciné, devrai-je quand même porter le masque ?

Le masque reste bel et bien obligatoire pour les personnes vaccinées, qui doivent d'ailleurs également continuer à respecter les gestes barrières. En effet, des recherches sont en cours afin d'étudier la capacité des anticorps induits par le vaccin à se projeter rapidement dans les muqueuses nasales, avant que le virus ne s'y réplique et soit transmis par voie aéroportée à une autre personne.

Sera-t-il obligatoire de se faire vacciner pour voyager à l'étranger ?

Le 11 janvier sur LCI, le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a répondu "plutôt non" à cette question. Pour l'heure, en tout cas, aucun pays n'impose la présentation d'un document prouvant sa vaccination. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) se dit opposée "pour le moment" à l'instauration de certificats de vaccination contre le Covid-19 comme condition pour permettre l'entrée d'un pays à des voyageurs internationaux.


Une nouvelle vaccination sera-t-elle nécessaire chaque année ?

"Il est possible que le Covid-19 devienne une maladie à recrudescence saisonnière comme la grippe, ce qui pourrait justifier l'obtention d'une immunité à long terme", explique la Spilf. Aussi, deux éléments devront faire l'objet d'une surveillance particulière : la durée de l'immunité induite par le vaccin et l'évolution du virus. En effet, si l'organisme n'est plus capable de reconnaître d'éventuelles nouvelles souches, il faudra adapter le vaccin en conséquence, et donc recourir à une nouvelle vaccination.