Bolivie, les années Evo
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Syndicaliste et ennemi déclaré des États-Unis, Evo Morales est devenu le premier président indigène de Bolivie en 2006. Charismatique, il a engagé un « processus de changement » qui a profondément transformé son pays.

En refondant les institutions, il a rompu avec le passé colonial et redonné leur fierté aux indigènes amérindiens. Sur le plan économique, le FMI a salué les excellentes performances économiques du pays.

À l'heure où il se représente à un quatrième mandat, Evo Morales est cependant contesté par différents secteurs de la population, dans une Amérique latine où la droite conservatrice a désormais le vent en poupe.

Depuis l’adoption d’une nouvelle constitution en 2009, la Bolivie s’appelle officiellement « État plurinational de Bolivie ». Un changement de nom qui reconnaît l’existence et la spécificité culturelle des groupes et des langues indigènes du pays. Selon le recensement de 2012, effectué sur une base déclarative, 60 % des Boliviens se disent métis, 37 % affirment appartenir à une ethnie originelle (principalement les Aymaras et les Quechuas), 3 % se disent Blanc et 1 % Afro-Bolivien.

Le Wiphala, le drapeau coloré des peuples indigènes des Andes, est devenu un emblème officiel souvent présent aux côtés de la traditionnelle bannière tricolore bolivienne. De même, le texte qui affirme que tous les citoyens sont égaux devant la loi et que toute discrimination est interdite est largement affiché dans les magasins, les transports et les services publics.

À El Alto, à 4 000 mètres d’altitude, ces mesures ont contribué à l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie aymara, le peuple amérindien auquel appartient Evo Morales. Dans cette ancienne banlieue pauvre de La Paz, devenue une ville à part entière d’un million d’habitants, une nouvelle bourgeoisie aymara s’est affirmée. Commerçants, propriétaires de société de transport, entrepreneurs dans le secteur minier, ils n’hésitent pas à afficher leur réussite et revendiquent leur spécificité culturelle. Que ce soit en érigeant des « cholets », ces drôles de bâtiments destinés aux fêtes familiales, ou en préservant un style vestimentaire.

La Bolivie détient les deuxièmes réserves de gaz du continent latino-américain. Fraîchement élu, Evo Morales a procédé le 1er mai 2006 à la nationalisation des hydrocarbures. Au terme d’une négociation avec les multinationales présentes dans le pays, son gouvernement récupéra 80 % des revenus issus de l’extraction de gaz et de pétrole, contre seulement… 20 % auparavant.

Cette manne financière a permis au gouvernement d’engager d’ambitieuses réformes sociales (santé, retraites, éducation) et une politique de grands travaux (infrastructures, transport, énergie).

Depuis une dizaine d’années, la Bolivie enregistre un taux de croissance annuel compris entre 4 et 6 %. Résultat : le PIB a été multiplié par trois et le taux de pauvreté a été divisé par deux. Cependant, de nombreux analystes estiment que ce cycle est en train de s’achever et que l’économie du pays pourrait connaître des turbulences dans les prochaines années.

Charismatique, populaire, Evo Morales a remporté haut la main toutes les élections et les consultations populaire depuis 2005. À l’exception du référendum du 21 février 2016, quand les Boliviens ont rejeté à 51 % une modification de la Constitution permettant au président bolivien de se représenter pour un quatrième mandat. Et pourtant, en 2017, une décision controversée du tribunal constitutionnel, la plus haute instance juridique du pays, lui permet de concourir aux élections d’octobre 2019.

Une opposition hétéroclite et divisée

Au fil des années, nombreux sont ceux qui sont entrés en confrontation directe avec le président bolivien, dénonçant ses méthodes parfois autoritaires et une forme de culte de la personnalité.

À Santa Cruz de las Sierras, les milieux d’affaires, les représentants de l’agrobusiness et l’élite très blanche de la capitale économique située à l’est du pays se sont opposés à Evo Morales dès son élection, contestant sa légitimité. Ces opposants réclamaient l’autonomie régionale et faisaient planer la menace d’une sécession des provinces orientales du pays. Au terme d’affrontements, puis de négociations, les élites très conservatrices de cette partie du pays ont appris à composer avec le président qui leur a donné satisfaction dans un certain nombre de domaines (répartition de la rente pétrolière, déforestation, exploitation minière, utilisation des OGM).

À l’ouest du pays, de nombreux soutiens du président se sont également rebellés contre les décisions de son gouvernement. Communautés indigènes, mineurs coopérativistes, cultivateurs de coca de la région des Yungas, étudiants à El Alto, élites urbaines qui contestent l’orientation des politiques publiques forment une opposition hétéroclite et divisée.

Extractivisme et politique énergétique

Par ailleurs, les écologistes dénoncent avec force le double discours du président qui, à toutes les tribunes, invoque la « Pachamama », le « Buen Vivir » et les droits de la « Terre-Mère » tout en favorisant l’exploitation des matières premières au détriment des communautés indigènes et de l’environnement.

Evo Morales, bio express

Evo Morales Ayma est né en 1959 dans une famille de paysans pauvres de la région minière d’Oruro. Enfant, il était gardien de lamas. De langue maternelle aymara, il est scolarisé pour la première fois à l’âge de 7 ans en Argentine, où ses parents, comme d’autres travailleurs migrants, participent à la récolte de la canne à sucre.

À 19 ans, après avoir été successivement maçon, boulanger et joueur de trompette dans un orchestre local, il quitte les hauts plateaux frappés par la sécheresse et la fermeture des mines. Il s’installe avec sa famille dans la région tropicale du Chapare. Ils y cultivent du riz, des oranges, des bananes puis de la coca. Capitaine de l’équipe de football locale et secrétaire aux sports du syndicat des cultivateurs de coca, il en gravit tous les échelons pour devenir en 1988 le patron des six fédérations de producteurs de coca de la région du « Tropique de Cochabamba » (qu’il préside toujours). C’est à cette époque qu’il organise des mouvements de résistance à la politique d’éradication de la « feuille sacrée des Andes » voulue et financée par les États-Unis. En 1994, il est tabassé par des policiers en civil devant les caméras. Emprisonné, il entame une grève de la faim.

Evo Morales avec Hugo Chavez en mars 2004. Crédit : présidence du Venezuela / AFP

En 2002, il arrive en seconde position à l’élection présidentielle et s’installe comme leader de l’opposition. Evo Morales mobilise les organisations paysannes et syndicales de tout le pays pour s’opposer à l’exportation du gaz bolivien vers le Chili et les États-Unis. Au terme de ce mouvement insurrectionnel qui fit 80 morts à La Paz en octobre 2003, le président Gonzalo Sanchez de Losada s’exile à Miami.

En 2005, à la surprise générale, il est élu dès le premier tour. Avec Hugo Chavez au Venezuela (1998), Lula au Brésil (2002), Nestor Kirchner en Argentine (2003), Rafael Correa en Équateur (2007), Pepe Mujica en Uruguay (2010), il symbolise le virage à gauche pris par l’Amérique latine dans les années 2000 avec l’élection de leaders progressistes et anti-impérialistes. Sa présidence est la plus longue que la Bolivie ait jamais connu. De 1825 à 1985, le pays avait connu 190 coups d’État !

La Bolivie

Avec ses 11 millions d’habitants, la Bolivie est composée de deux régions géographiques bien distinctes. À l’Ouest, les hauts plateaux andins où les indigènes aymaras et quechuas sont majoritaires. À l’Est, une vaste plaine tropicale et amazonienne. La capitale, La Paz, à 3 600 mètres d’altitude, est la plus haut-perchée au monde.

Source : Wikipedia


La Bolivie en quelques dates

1781

40 000 indiens assiègent la ville de La Paz pendant plusieurs mois avec à leur tête le guerrier aymara Tupac Katari et son épouse Bartolina Cissa. Aujourd’hui considérés comme des précurseurs de l’indépendance nationale, ils furent exécutés par les troupes espagnoles.

1809

La région du Haut-Pérou déclare son indépendance vis-à-vis de la couronne espagnole. En 1825, naissance de la République de Bolivie (du nom du « Libertador », Simon Bolivar).

1883

À l’issue de la guerre du Pacifique, le Chili annexe les 400 km du littoral bolivien. Depuis, le pays est enclavé et réclame un accès à la mer.

1952

La « révolution nationale » institue le suffrage universel, les indigènes amérindiens accèdent à la citoyenneté.

2000

« Guerre de l’eau ». Après des grandes manifestations, associations, syndicats et paysans obtiennent l’annulation de la privatisation du système municipal de gestion de l'eau de Cochabamba (quatrième ville du pays) au profit d’une entreprise américaine (Bechtel).

2003

« Guerre du gaz ». Après la décision du gouvernement d’autoriser l’exportation du gaz extrait en Bolivie via le Chili, les mouvements sociaux paralysent le pays. La répression fait 80 morts et le président Sanchez de Lozada quitte le pays à bord d’un hélicoptère. Il réside depuis à Miami.

2005

Élection au premier tour d’Evo Morales à la présidence de la Bolivie.

2006

Nationalisation des hydrocarbures.

2008

Affrontements dans la province de Santa Cruz, qui menace de faire sécession.

2008

Expulsion de l’ambassadeur des États-Unis, toujours en vigueur à ce jour.

2009

Adoption à 58,7 % d’une nouvelle Constitution par voie référendaire. Evo Morales est réélu avec 64 % des suffrages.

2010

Adoption d’une « loi des droits de la Terre-Mère » qui accorde des droits à la nature, à l’instar des droits de l’Homme.

2011

Crise du TIPNIS (Territoire indigène et parc national Isiboro-Sécure). Après plusieurs marches de protestation des communautés indigènes, le gouvernement renonce à la construction d’une route dans cette réserve amazonienne.

2014

Evo Morales est réélu avec 61 % des suffrages.

2016

Evo Morales convoque un référendum constitutionnel lui permettant de briguer un quatrième mandat. Le « non » l'emporte avec 51,3 % des suffrages.

2017

Le tribunal constitutionnel supprime la limitation de mandats présidentiels s’appuyant sur la « Convention américaine relative aux droits de l'homme ». Cette décision ouvre la voie d’une participation d’Evo Morales aux élections présidentielles d’octobre 2019.