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COTE D'IVOIRE
Les « gueules cassées » de la crise ivoirienne
demandent justice au président Ouattara

Un an et demi après la fin de la crise post-électorale, la Côte d'Ivoire n'a pas pansé ses plaies. L'Etat parle de réconciliation, mais beaucoup d'ex-combattants ne parviennent pas à oublier. En premier lieu, ceux qui portent les stigmates des combats. Héros d'un temps, ils sont aujourd'hui les laissés pour compte d'un pays qui cherche à tourner la page. Photo reportage de Ségolène Malterre et Peggy Bruguière.

Sur le camp de l'ex-3e bataillon d'infanterie d'Anyama, à 10 kilomètres d'Abidjan, une centaine d'ex-combattants échangent armes et tenues militaires contre un survêtement et une carte de 'démobilisé', passeport pour l'entrée dans la vie civile. L'opération est menée par l'Autorité pour la démobilisation, le désarmement et la réinsertion (ADDR), créée en août par le président Alassane Ouattara.

Effectif pour l'heure dans la seule région d'Abidjan, ce processus est censé assurer un avenir de garde pénitencier à ceux que le test psychologique et la visite médicale auront déclarés « aptes ». Pour tous les autres, l'ADDR promet des « solutions de réinsertion », sans toutefois en préciser les contours.

Mais déjà, en ville, les critiques se multiplient contre cette nouvelle autorité. En cause, le processus de sélection des 2000 ex-combattants candidats à la réinsertion. Il est en fait délégué aux anciens "chefs de guerre" qui auraient vendu les places aux plus offrants. Des personnes qui n'ont pas combattu se retrouveraient ainsi dans ce processus de réintégration.

À Abobo, les anciens combattants sont rongés par l'amertume. Dans cette commune populaire d'Abidjan, la jeunesse a pris les armes contre les hommes de Laurent Gbagbo pour défendre le candidat élu, Alassane Ouattara. Parmi eux, beaucoup ont été blessés au combat. Là, où ils espéraient une prise en charge, ils n'ont jamais été approchés par les autorités depuis la guerre.

Massouma était chauffeur de taxi avant de rejoindre la rébellion à PK18, ce quartier d'Abobo où les affrontements entre les pro-Ouattara et les Forces de sécurité de l'ancien président ont été les plus sanglants. Touché d'une balle dans la cuisse en avril 2011, il est aujourd'hui incapable de conduire : le plomb est toujours logé dans sa jambe, la plaie à vif, mais il n'a pas les moyens de se faire opérer. C'est le docteur Krouma, connu dans le quartier comme le dernier recours de ces nouveaux indigents, qui lui fait gratuitement ses pansements et lui administre des piqûres antibiotiques quand sa maigre pharmacie le lui permet.

Des vies brisées comme celle de Massouma, il en existe dans toute la Côte d'Ivoire. Rencontre en images avec les combattants oubliés de la crise post-électorale.

Dr Krouma vit à PK18, le quartier d'Abobo à Abidjan où ont eu lieu les plus violents combats pendant la crise. Kinésithérapeute de formation, il s'est improvisé chirurgien sur le front au plus fort de la guerre. Il suit encore aujourd'hui de nombreux ex-combattants blessés. Malgré ses multiples demandes, aucun d'entre eux n'a pour l'heure reçu d'aides de la part des autorités.

Tous les deux jours, le Dr Krouma fait un nouveau bandage sur la jambe de Massouma, ancien combattant pro-ouattara blessé pendant la crise.

Le docteur, qui soigne gratuitement, manque de matériel et de médicaments.

Richard Dei, 20 ans habite Duékoué, à l'ouest du pays. Il est entré dans le groupe d'autodéfense APWE, l'association des patriotes Wé, qui défendait la ville contre l'avancée de la rébellion à l'ouest. Il a été amputé après avoir été touché par une balle.

Faute de moyens pour l'emmener à l'hôpital, la mère de Richard apaise la douleur en le massant avec du beurre de karité.

Moustapha Touré vit à Man, à l'ouest du pays. Il a rejoint la rébellion en 2002. Blessé à la jambe à Bloléquin, il a été amputé quelques semaines plus tard après avoir été envoyé par ses chefs militaires pour être soigné dans une petite structure au Burkina Faso. Depuis son retour à Man, il y a un peu moins d'un an, il n'a bénéficié d'aucune aide.

Moustapha était caporal dans les Forces Nouvelles, la rébellion nordiste. Il dirigeait une section d'une vingtaine d'hommes. Aujourd'hui, il vit avec d'autres locataires dans une petite maison du quartier de Domoraud à Man. Il se fait aider financièrement par des proches. Il lui arrive de revendre 1500 frcs CFA à l'unité ses munitions pour subvenir à ses besoins. Il a aussi vendu des bérets et des uniformes militaires.

Tous les jours, il prend sa douche seul, malgré son handicap. Il n'a pas pu payer ses dernières factures d'eau et se débrouille aujourd'hui avec des bassines que des amis lui préparent quotidiennement.

Une des opérations de désarmement à Anyama, le 19 novembre. Au total, à Abidjan, 2000 ex-combattants pourront bénéficier d'un programme de réinsertion dans le civil. La majorité d'entre eux devraient intégrer le corps des gardes pénitenciers. Le programme de l'ADDR devrait être étendu aux autres régions du pays.

Un membre de l'ADDR vérifie si les armes rapportées par les anciens combattants sont chargées et récupère les munitions.

Lors des opérations de désarmement, les anciens combattants arrivent en uniforme et repartent en civil.

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