Tweet
Open navigation

__

De la "Red River" au "Rio Grande", des réserves indiennes de l’Oklahoma à la frontière mexicaine, l’Interstate 35 traverse le Texas sur 800 kilomètres. Une autoroute le long de laquelle se déclinent les grands thèmes de la campagne présidentielle américaine : économie, géopolitique, immigration…

France 24 a parcouru ce territoire contrasté, à la fois dynamique et conservateur. Un État "bigger than France" (plus grand que la France), comme aiment à le rappeler ses habitants aux étrangers venus s’aventurer au pays des cowboys.

__















Au moment de s’engager sur le pont de l’I35 qui enjambe la "Red River", frontière naturelle entre l’Oklahoma et le Texas, on aperçoit le clocher de Big Ben et les statues de l’opéra Garnier. Une vision qui n’a rien d’un mirage malgré la chaleur qui règne dans ce coin perdu à 150 km au nord de Dallas. Il s’agit d’un petit Las Vegas, niché côté Oklahoma de la Rivière rouge, pour cause de législation stricte sur les casinos au Texas, et au-dessus duquel se dresse une skyline en carton pâte de célèbres monuments du monde entier.

L’opéra Garnier et le Chrysler Building surplombent le parking du casino.

Le WinStar Casino, qu’on présente ici comme le plus grand du monde, est un immense agrégat de salles de jeu climatisées, de parkings vidéo-surveillés et de terrains de golf abondamment arrosés. Les Texans viennent y dépenser les dollars qu’ils ont récoltés en masse ces dernières années. Car le deuxième mandat d’Obama a été marqué par une formidable embellie économique pour les États-Unis (le chômage est passé de 10 % au plus fort de la crise économique en 2010 à moins de 5 % en 2016) et ses effets sont particulièrement visibles au Texas, où le taux de croissance est le deuxième plus important du pays.

"Le casino accueille en moyenne plus de 11 000 personnes par jour et on y bâtit une nouvelle aile, preuve que l’argent coule à flots", se réjouit Arleene Loyd, la directrice de l’agence pour le développement économique du comté de Cooke, dont dépend le WinStar. "Les Américains émigrent en masse dans la région, on voit même arriver des gens de New York et de Californie".


Arleene Loyd en est fière : autrefois quasi-désertique,
la région est aujourd’hui prospère.
Pick-up surélevé et jantes chromées,
une certaine idée du rêve américain.


Le Texas est devenu un petit eldorado pour les cadres à la recherche d’opportunités et de hauts salaires. Mais, à l’instar du reste du pays, l’opulence retrouvée ne profite pas à tous. Les inégalités se creusent : les fameux 1 % les plus riches prospèrent, les plus pauvres sont empêtrés dans la précarité des petits boulots, et, entre les deux, la classe moyenne n’a jamais été aussi dépeuplée.

"Les gens riches viennent dépenser leurs dollars, mais ils repartent ensuite chez eux à Dallas ou à Houston. Ici, c’est surtout le nombre de sans-abris qui augmente", assure Jim Matheson, un confectionneur de chapeaux en cuir qui fait figure de célébrité locale à Denton, une petite ville située à quelques kilomètres de Thackerville. "Il faudrait que cet argent soit mieux réparti, mais bon... il faut reconnaître que le casino a créé beaucoup d’emplois dans la région. Preuve en est, le nombre de commerces qui affichent des petites annonces pour trouver des employés", lâche-t-il avant de repartir faire sa ronde en tirant son caddie chargé de chapeaux.

Jim, le cow-boy de Denton, estime que l’opulence du Texas ne profite pas à tous.

Dans le nord du Texas, l’opéra Garnier est en toc et le palais de Westminster sert de parking aux clients du casino, mais on dispose d’un atout qui a disparu depuis longtemps du Vieux continent : le plein emploi.






“Muslims love Jesus” (les musulmans aiment Jésus). Le message est affiché en grand dans le bureau de l’imam d’Irving, l'une des innombrables banlieues de la mégalopole Dallas-Fort Worth. Le rapprochement entre chrétiens et musulmans, c’est le credo de Zia Sheikh, même s’il confesse que la tâche se complique à chaque nouvel attentat.

Zia Sheikh est né au Cachemire pakistanais. Il est imam aux États-Unis depuis 1996.

Il a encore en mémoire le jour où, peu après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, des hommes armés ont défilé devant sa mosquée en hurlant des slogans anti-musulmans, obligeant les fidèles à sortir sous la protection de la police. "Ils s’imaginent que nous voulons établir la loi islamique, la charia, dans ce pays... Mais nous ne représentons qu’1 % de la population des États-Unis, c’est ridicule de penser que nous avons pour ambition de changer la Constitution."

Les musulmans ont beau ne constituer qu’une petite minorité du melting pot américain, ils sont devenus un élément central de la campagne pour la présidentielle. La faute à Donald Trump et à sa volonté d‘interdire l’entrée dans le pays à leurs coreligionnaires. “C’est surtout de la rhétorique de sa part, tempère l’imam, car même si Trump arrive à la Maison Blanche, il devra composer avec le Congrès, c’est ce qui fait la force de la démocratie américaine et c’est pour cela que de nombreux fidèles ont quitté leur pays pour venir vivre ici.”

Après les attentats de Paris, des hommes armés ont
manifesté devant la mosquée. © Capture d'écran FOX 4
Au Texas, tout se fait en voiture,
même se rendre à la mosquée.

Et pour éviter que le sentiment anti-musulman se propage dans le quartier, le responsable des "relations avec l’extérieur" de la mosquée organise chaque dimanche une visite guidée du "Islamic Center". Ses salles de prières, son gymnase pour les enfants, ses salles de cours, les visiteurs peuvent tout passer à la loupe. "Ainsi, les gens se rendent compte qu’il n’y a pas de salles cachées où se passent des choses secrètes", plaisante le guide.

Nicholas Pelletier est l’imam en charge des "relations avec l’extérieur" et le responsable des visites guidées de la mosquée.

Les visites ne rencontrent toutefois pas toujours un franc succès. Elles sont même parfois annulées, faute de participants. Mais il en faut plus pour décourager l’imam. "Quand je suis arrivé ici il y a onze ans, la mosquée était peu fréquentée et mal agencée. Nous l’avons agrandie et nous voyons chaque jour de nouveaux fidèles arriver. Le vendredi pour la grande prière, je vous garantis que le parking est toujours plein."







À quelques kilomètres du ranch de George W. Bush, dans la région de Waco, se trouve l’une des pires hantises d’Obama. Le stand de tir d’Hicksville, propriété d’Anamelia Voss et de son beau-père J.D. Hicks, renvoie une image inquiétante de cette frange de l’Amérique qui vénère les armes à feu et a perdu toute estime pour sa classe politique.

Dans la famille Hicks, on accueille les visiteurs avec un fusil mitrailleur.

“We don’t call 911” (“on n’appelle pas la police”) : d’entrée, l’inscription sur la casquette de J.D. laisse peu de doute quant à la confiance qu’il place dans les autorités. Pas la peine de le prier trop longtemps pour qu’il expose sa vision de l’Amérique depuis qu’Obama est à la Maison Blanche. Le discours est rôdé, il mêle théorie du complot, islamophobie et délire paranoïaque.

“Obama est musulman, tout le monde le sait, il suffit de regarder sur Internet. Mais ce que les gens ne savent pas, c’est que l’Amérique va bientôt connaître une nouvelle guerre civile, tout ça à cause de leur politique à Washington.”

À titre personnel, J.D. n’est pas inquiet : “La guerre, j'y suis préparé, j’ai tout mon arsenal”. C’est pourquoi jamais il n’acceptera de se soumettre à une législation plus stricte, comme celle que les démocrates essaient désespérément de faire passer après chaque nouvelle tuerie dans le pays.

À l’inverse, depuis le 1er janvier 2016, le Texas a encore assoupli la réglementation sur les armes à feu. Connu sous le nom “Open Carry”, une nouvelle loi permet aux Texans d’exhiber leurs armes dans les lieux publics, sans avoir à les dissimuler sous un vêtement. C’est ainsi que J.D va désormais régulièrement faire ses courses au Wallmart (la grande surface de la région) avec son pistolet à la ceinture.

Anamelia Voss teste sa dernière acquisition.

Mais tous les propriétaires d’armes à feu du Texas n’ont pas la gâchette aussi facile que les habitués du stand de tir d’Hicksville. Même chez les fervents défenseurs du deuxième amendement (celui qui garantit aux citoyens américains le droit de porter une arme), “Open Carry” ne fait pas l’unanimité. À la foire aux armes de Dallas, la plupart des exposants et des acheteurs ne sont pas contre un peu de régularisation.

Matt Whitmire, l’un des principaux marchands d’armes de l’État, vante les mérites du “background check” (vérification des antécédents), qu’il pratique avant chaque transaction. “Mon ordinateur est directement relié au serveur du FBI, qui, en quelques minutes, m’indique si le casier judiciaire de mon client est vierge.”

La foire aux armes de Dallas, l’occasion de renouveler son stock.

Pour lui, “Open Carry” va trop loin et ne fait que desservir la cause des amateurs d’armes, d’autant plus que le Texas sert de modèle à de nombreux États conservateurs en la matière.

“Ça ne sert rien de les exhiber, il faut simplement mettre les armes entre les bonnes mains et désarmer les gens non-éduqués, afin d’éviter les drames comme ceux d’Orlando ou de San Bernardino”. Pas simple quand on sait que les États-Unis comptent plus d’armes en circulation que d’habitants.






À Killeen, on trouve des soldats et des vétérans à chaque coin de rue. La ville est collée à Fort Hood, la plus grande base américaine au monde : plus de 50 000 militaires postés en plein cœur du Texas. C’est l’endroit parfait pour discuter politique étrangère avec d’anciens combattants. Mais là où la tâche se complique, c’est quand il s’agit de trouver un vétéran pour défendre les choix stratégiques du président sortant, prix Nobel de la paix 2009.

"L’Amérique ne fait plus peur à personne", estime Joe Huley, vétéran du Vietnam.

Selon le degré de politesse de l'interlocuteur, Obama est soit “un traître”, soit “un lâche qui s’est couché devant ses rivaux”, ou encore “celui qui a laissé tomber l’armée”.

Joe Hulsey a combattu au Vietnam au début des années 70. Pour lui, l’Amérique n’a jamais été aussi peu respectée à l’étranger que sous Barack Obama. “Vladimir Poutine, l’organisation de l’État islamique... tous les ennemis des États-Unis ont prospéré ces dernières années en raison de la mollesse et des hésitations du président” explique-t-il. Comme une majorité de vétérans , il compte sur Trump pour que l’Amérique soit à nouveau forte (“Make America great again”) ; le slogan du candidat républicain marche fort auprès de cette population.

Drapeau en berne au cimetière pour vétérans du Texas après l'attentat d'Orlando.

La complainte d’un pays qui a perdu sa toute puissance revient souvent dans la bouche des anciens soldats. Nombreux sont ceux qui reprochent à Obama de n’avoir pas réagi quand le régime syrien a franchi sa “ligne rouge” en utilisant des armes chimiques. Mais dans le monde multipolaire et complexe d’aujourd’hui, difficile de toujours suivre le raisonnement des vétérans de Killeen. Pour la plupart, ils voudraient faire la guerre aux ennemis de l’Amérique, mais sans envoyer davantage de “boys” dans les “pays musulmans” : “Ils nous détestent là bas”.

Les longs alignement de tombes du cimetière de Killeen.

À quelques kilomètres au sud-est de Killeen, se trouve le cimetière pour vétérans du centre du Texas. Inauguré en 2005, il s’y tient presque chaque semaine les funérailles d’un vétéran ou d’un soldat mort en mission.

Les longs alignements de stèles blanches rappellent aux visiteurs le lourd tribut payé par les États-Unis dans les opérations armées aux quatre coins du monde. Dans la section dédiée au mémorial pour les militaires tués en Afghanistan et en Irak, on note toutefois une baisse du nombre de victimes depuis le début du retrait progressif des troupes de ces deux pays en 2010. Mais les immenses étendues de terrain encore vierges, à côté des tombes, laissent présager que l’Amérique n’en a pas encore fini avec ses guerres.






Les cliniques d’avortement sont en voie de disparition au Texas. Il y en avait une quarantaine avant 2013, il n’en reste aujourd’hui plus que 18 sur ce territoire plus vaste que la France métropolitaine. En cause : des lois toujours plus restrictives qui compliquent la tâche des centres qui pratiquent des interruptions volontaires de grossesse, contraignant les moins rentables à la fermeture. Dans le cas extrême du Mississippi, il ne reste plus qu’une seule clinique pour tout l’État...

“Nous faisons face à un lobby ultra riche, ultra puissant, ultra influent et ultra religieux dans tout le Sud et notamment ici au Texas”, résume Heather Busby, la directrice de l'organisation Naral pro-choix d’Austin. Elle explique comment les gens de “Texas Right To Life” frayent avec les hommes politiques de tous bords pour qu’ils proposent sans arrêt de nouvelles restrictions au droit à l’avortement. “Rien que lors de la dernière session parlementaire, plus de 20 projets de loi dans ce sens ont été déposés. Même les élus anti-avortements qui ne sont pas assez radicaux à leur goût sont brocardés.”

Heather Busby, la directrice de l'organisation Naral pro-choix d’Austin.

Ainsi sont régulièrement votées des règles farfelues visant à “améliorer la sécurité et la santé des femmes” : de la taille standard du parking et des ascenseurs de la clinique, à la largeur minimum de ses couloirs... Quant aux patientes qui souhaitent mettre fin à une grossesse, il leur est désormais imposé de faire une échographie 24 h avant l’opération et d’écouter les battements du cœur de l’embryon.

La pénurie de clinique au Texas oblige les femmes vivant dans des zones reculées à faire des centaines de kilomètres. Et dans les grandes villes, comme Austin, il faut désormais s’inscrire sur de longues listes d’attente avant de pouvoir se faire opérer.

“Dont mess with choice“, les "pro-choix" ont détourné la devise de l’État “Don’t mess with Texas“ (On ne plaisante pas avec le Texas).

"À 16 semaines de grossesse, j’ai découvert que mon bébé avait un cerveau atrophié, j’ai alors demandé à mon médecin comment je pouvais faire pour interrompre ma grossesse”, se rappelle Valerie Peterson, une juriste de Chicago récemment installée à Austin. Elle découvre alors que le Texas est l’un des États les plus conservateurs sur la question. “On ne réalise pas tout de suite, parce qu’Austin est une ville démocrate jeune et libérale, mais la situation ici est la même que dans les villes à forte majorité républicaine”.

Ne pouvant attendre plus d’un mois pour avoir un rendez-vous, elle se décide à aller en Floride pour l’opération. “J’avais les moyens et le temps pour le faire, mais que se serait-il passé si je n’avais pas eu assez d’argent ?”

Depuis, elle milite pour les droits des femmes au Texas et se réjouit que la Cour suprême ait récemment censuré la dernière loi texane sur les cliniques de l’État. “C’est aussi un message envoyé aux autres États conservateurs qui voudraient limiter le droit à l’avortement”, se félicite-t-elle. Mais le combat est loin d’être gagné dans un État où l’avortement est toujours perçu comme “maléfique” par une importante partie de la population.








Le long des interminables lignes droites qui quadrillent les environs de Cotulla, on ne croise que des camions citernes. Depuis le perfectionnement de la technique de fracturation hydraulique et la découverte d’immenses gisements d’hydrocarbures dans son sous-sol, le Texas est devenu la terre promise du pétrole et du gaz de schiste. Un changement qui a permis aux États-Unis de détrôner l’Arabie saoudite à la première place des pays producteurs de pétrole.

Comme au temps de la ruée vers l’or, un vaste mouvement de population s’est opéré vers le sud du Texas, et notamment la ville de Cotulla. “Ici, il n’y avait que trois hôtels il y a dix ans, il y en a près de 30 aujourd’hui”, raconte Valerie Gonzalez, dont la famille tient depuis des générations un petit restaurant du centre-ville. À l’instar de la plupart des habitants, elle estime que les bénéfices économiques du pétrole de schiste – ses parents possèdent un terrain qui intéresse les compagnies pétrolières – sont supérieurs aux désagréments climatiques. “Je pense que ça ne pollue pas plus que l’extraction classique du pétrole. De toute façon, le sol n’est pas bon ici, il est trop sec, rien ne pousse.”

“Drill, baby, drill!” (Fore, bébé, fore !) À Cotulla, on applique le slogan du Parti républicain.

De fait, à Cotulla, l’afflux de dollars a fait taire les voix discordantes. Et le petit aérodrome s’est transformé en aéroport pour jets de luxe. "On a allongé la piste pour que les gros avions puissent se poser", se félicite son propriétaire, E.T Page III (c’est son nom). "Un jour j’ai même vu un avion qui venait de Singapour", annonce-t-il fièrement tout en se désolant sur le sort de ces pays imbéciles où la fracturation hydraulique est interdite.

Car cette technique d’extraction du pétrole reste controversée en raison de l'énorme quantité d’eau, mélangée à des produits chimiques, qu’elle requiert. Elle est interdite dans de nombreux pays du monde, notamment en France, où on l’accuse de polluer durablement les nappes phréatiques et le sol. Même aux États-Unis, le pays de la voiture et de l’essence pas chère, elle fait débat et n’est pratiquée que dans 21 États sur 50.

Mais dans le sud du Texas, difficile de rencontrer des opposants au “fracking” (le nom anglais de la fracturation hydraulique). Il faut remonter dans le nord de l’État pour trouver une association d’habitants opposés à la multiplication des puits de pétrole de schiste. Adam Briggle, professeur à l’université du Nord-Texas à Denton, a été l'instigateur d’un référendum local qui a conduit à l’interdiction en novembre 2014 du fracking dans sa ville. “Au-delà des problèmes écologiques, la multiplication des puits de pétrole menace les zones résidentielles du pays. À Denton, nous avons commencé à nous élever contre le fracking car ils creusaient des puits à côté d’un hôpital et d’une zone très habitée”, raconte-t-il.

Il se rappelle surtout la rapidité avec laquelle le Parlement du Texas a cassé le résultat du référendum. “En moins de huit mois, c’était réglé. Au Texas, il est désormais interdit de lancer une consultation populaire sur ce sujet. C’est dire la puissance et l’influence de l’industrie pétrolière...”

Un centre de stockage du pétrole avec ses immenses cuves.

La seule chose capable de ralentir l’avancée du fracking au Texas semble être la chute des prix du pétrole. À Cotulla, plusieurs puits sont à l’arrêt car la fracturation hydraulique n’est pas assez rentable quand le baril coûte moins de 50 dollars. Mais dans les motels à demi déserts de la ville, on sait que les prix vont remonter et que les clients vont revenir. En attendant, plusieurs enseignes proposent de la bière glacée gratuite pour tenter d’accélérer le retour des chercheurs d’or noir.






À son kilomètre zéro, l’I35 vient s’échouer sur les rives du Rio Grande. De l’autre côté du fleuve, gardé par un impressionnant poste-frontière, le Mexique. Mais nul besoin de traverser pour entendre parler espagnol. Peuplée à plus de 90 % d’hispaniques, Laredo vit à l’heure mexicaine.

Sur le pont piéton qui relie les deux rives, un flux constant de personnes, qui vivent et travaillent entre les deux pays. Autant dire que Trump et ses projets de fermer la frontière ne sont pas populaires ici.

De l’autre côté du pont grillagé : le Mexique.

“Construire un mur le long de la frontière ? Mais ça ne marchera jamais. Voyez ici, le fleuve est large et dangereux mais ça n’empêche pas les gens de tenter la traversée et pour certains d’entre eux de se noyer”, explique Norberto Cardenas III, un avocat spécialisé dans la défense des immigrés illégaux à Laredo.

Il assure avoir des dizaines de clients détenus dans les nombreux centres de rétention du Texas – dont une grande majorité de Mexicains – mais il travaille aussi avec les immigrés légaux qui tentent de faire venir leur famille.

“Il suffit de sortir dans la rue pour constater que les États-Unis sont un pays d’immigration, c’est un fait accompli, impossible de revenir dessus.”

Norberto Cardenas III, "l'avocat des immigrés illégaux de Laredo".

Difficile en effet de nier l’influence mexicaine dans le sud du Texas et plus particulièrement à Laredo. Dans le centre de la ville, on se sent bien loin des grandes métropoles américaines aux “downtowns” déserts et aux banlieues tentaculaires.

Les petites rues fourmillent de gens qui se déplacent à pied – une rareté au Texas. Les petits bazars, qui vendent de tout mais surtout des vêtements aux imprimés en espagnol, sont bondés dès le matin. Et à l’heure du déjeuner, c’est devant les taquerias, dont les haut-parleurs diffusent des standards mexicains, que l’on se retrouve.

Avec Austin, la cool et branchée, la ville est l’un des bastions démocrates de l’État. Ses habitants ont voté à plus de 75 % pour Obama en 2012. La peur de l’immigration, l’un des principaux arguments de campagne de Trump, ne se ressent pas à la frontière. Surtout, les échanges commerciaux entre les deux pays font la richesse de la région qui prospère depuis 1994 et l'accord de libre échange entre les États-Unis et le Mexique.

À quelques dizaines de mètres du pont piéton, se trouve le World Trade International Bridge, sur lequel des milliers de camions traversent chaque jour le Rio Grande. Il en passe un toutes les 15 secondes, selon les décomptes de la chambre locale de commerce. En attendant une éventuelle et assez improbable fermeture de la frontière, le business tourne à plein régime entre les États-Unis et le Mexique.

Au bout de l’I35, la frontière et la ligne de chemin de fer sur laquelle défilent les trains de marchandises.

Crédits

Textes et photos : Julien Peyron, France 24
Vidéos : Antoine Levi, CRAC
Rédaction en chef : Marie Valla, Sylvain Attal
Secrétaire de rédaction : Gaëlle Le Roux
Graphisme et développement : Studio Graphique - France Médias Monde

FRANCE 24 Webdocumentaires Retrouvez tous les reportages interactifs et infographies de France 24 ici